Le code parano

Le code de la communication ou le droit de la fermer et survivre. Le droit de ne rien dire, de n’avoir aucune opinion, de n’émettre aucune critique, de ne produire aucune pensée, de ne rien contester, de n’avoir aucun humour, ni noir ni second degré, de ne rien créer, de ne rien débattre, de ne rien partager, de ne rien témoigner, de ne rien revendiquer. L’obligation de faire plaisir aux radicaux, aux extrémistes, aux âmes susceptibles, à ceux qui ont des secrets pestilentiels dans leurs tiroirs, à ceux qui ont bien des raisons de se cacher derrière un paravent. Le devoir de fermer les yeux sur les dérives sectaires, l’usage frauduleux des biens et des deniers publics, les comportements indignes sous couvert de vie privée, de convictions religieuses, de troubles à l’ordre public et à la sécurité nationale.  La mise à mort de la presse d’investigation – elle n’est déjà pas très vivante!-, des dessinateurs de presse, des chroniqueurs, des photojournalistes, des bloggers, des lanceurs d’alerte, des humoristes, des écrivains, des whistleblowers, des penseurs, des esprits libres, des philosophes, des résistants, des citoyens. De vous-même.

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La liberté de verser dans la propagande, l’ensencement, la complaisance, l’ennui le plus parfait.  L’ambiance elle-même est caustique, paranoïaque, psychotique. Un mix malsain entre la Corée du Nord, la Roumanie de Ceausescu, l’Inquisition, les ghettos, les sorcières de Salem, j’exagère à peine. On vous dira que le code sert à donner un cadre légal à la communication. La vérité, c’est qu’il sert surtout à chapeauter votre libre-arbitre et à vous inciter à l’autocensure, tout en se frayant un chemin liberticide dans votre quotidien. Vos moindres mots, faits et gestes sont susceptibles d’être considérés comme insulte ou diffamation, avec des sanctions qui équivalent à cinq à six fois voire plus le salaire minimum. Le violeur d’enfant a presque plus de « chance » que le simple citoyen  de s’en tirer avec des sanctions moins lourdes. Vous n’avez qu’une et une seule alternative : la fermer et survivre.

The Crucible. Par ailleurs, cette singulière exagération des peines est en soi une intimidation à peine voilée, une menace sans équivoque sur qui « veut l’ouvrir ». Plus insolite encore, l’ensemble du texte laisse suggérer que c’est aux médias qu’est dévolue l’obligation de sauvegarder l’ordre national et la sécurité publique. L’article 19 frappe d’une amende de 1 à 2 millions Ar toute personne ayant fait une publication de « rapports ou tout autre document tenus ou établis au sein des institutions de la République pouvant compromettre l’ordre public ou la sécurité nationale dont l’appréciation relève des juridictions ». Le métier de journaliste est d’informer, que l’information soit bonne ou mauvaise. Si elle ébranle le chétif talon d’Achille du gouvernement, c’est à ce dernier de se remettre en question. Si la République a des bombes à retardement dans ses placards, à qui la faute?

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Enfin. Certaines dispositions sont tout simplement loufoques. Lourdes condamnations si on critique une religion – lamandy be izany izao ity http://bit.ly/1UGIo5l? Je tremble 😉  -, si on boycotte des festivités nationales, si on se moque d’une personnalité publique, si on diffuse une information qui a trait à sa vie privée  même si elle a un lien avec la vie nationale – et donc à l’usage des biens et des deniers publics. Mêmes grosses sanctions si on partage des informations qui pourraient « faire peur » ou exploiter la superstition, le paranormal ou si on diffuse un… « message subliminal » –  cher rédacteur de la loi parano…Really ?!

Est-ce que tout ceci ne vous rappelle pas Abigaïl, dans la pièce d’Arthur Miller, « The Crucible » ???

Je partage ici l’extrait d’une interview du Pdt Rajaonarimampianina dont l’intégralité est ici http://bit.ly/21sAv8s

Le Point Afrique : La société civile dénonce des exactions impunies contre les populations dans un pays où la justice paraît dépassée. Qu’envisagez-vous de faire pour que la sécurité du citoyen revienne ?

Rajaonarimampianina :Effectivement la société civile, les médias mettent souvent en exergue ces actes de violence qui minent notre société. D’abord je voudrais juste dire que le fait que ces abus soient rapportés à l’opinion montrent bien que ces contre-pouvoirs fonctionnent comme il faut à Madagascar. Ce qui m’étonne quand je lis certains sondages, supposés être sérieux, qui affirment que la démocratie recule à Madagascar. Quiconque lit, écoute, regarde les médias malgaches, ne peut que confirmer la liberté dont ils jouissent, et abusent parfois

Petite remarque, pour qu’on se comprenne bien. Monsieur le Pdt: si vous lisez ou entendez des choses qui vous semblent borderline dans les réseaux sociaux ou dans les médias, ce n’est pas le signe que les Malgaches abusent de la démocratie, mais la preuve qu’ils en ont vraiment plein le dos, d’être dans la misère.

mafalda-democratie

Eisy e…

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5 réflexions sur “Le code parano

  1. Bah peut être que pour survivre la presse va être obligée d’être mieux documentée , plus incisive , plus sourcée , plus carrée ,moins volage dans ses non affirmations ….une presse militante koa 🙂

  2. Pingback: Ditsoka amoron’ilay tevana… | Mialy s'en fout :)

  3. Pingback: Le code de la communication qui censure et fait peur à Madagascar - De Madagascar, d'ici et d'ailleurs

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